Marko, barathonien sous fièvre
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Marko est barathonien.
Pas par folklore, mais par nécessité. Il mesure les villes à leurs comptoirs, les nuits à leurs enchaînements. Ce soir-là, l’Uzine n’était pas une salle de concert : c’était un arrêt de plus sur la tournée.
Avant La Fièvre, il y a toujours des verres. Un premier bar pour se chauffer. Un deuxième pour caler le rythme. Des discussions trop fortes, des promesses floues sur la suite. Marko connaît la mécanique. Il sait reconnaître le moment précis où la nuit commence vraiment.
Quand il arrive à l’Uzine, la tournée change de forme mais pas d’intention. Un DJ est déjà en place. Pas pour attendre, mais pour conduire. La Fièvre ne commence pas vraiment : elle s’installe. Le concert s’ouvre sur “Rennes Sin City”, fondu dans le mix, comme une porte qu’on pousse sans s’en rendre compte.
Le DJ tient la barre. Les morceaux s’enchaînent sans coupure nette. Et dans les interstices du son, les rappeurs apparaissent. Une voix surgit, tranche le mix, disparaît. Une autre prend le relais. Comme des silhouettes qui entrent et sortent d’un bar au fil de la nuit. Marko reconnaît le principe : rien n’est figé, tout circule.
La salle réagit comme dans une tournée bien lancée. L’électro maintient la tension, le rap la fait dévier. Les corps suivent le rythme imposé, sans pause, sans respiration confortable. Marko voit les visages changer, la fatigue arriver, l’énergie revenir aussitôt.
À l’Uzine, il n’y a plus de scène classique. Le DJ est le point fixe. Les rappeurs gravitent autour, surgissent quand le son le permet, repartent dans l’ombre. Le concert ressemble moins à une succession de morceaux qu’à un long verre qu’on ne repose jamais.
Marko sent cette sensation familière. Celle de la fin de barathon. Quand les repères se brouillent mais que la direction est claire. La Fièvre avance, toujours. Le mix ne lâche pas. Les voix reviennent, s’additionnent, se superposent.
Quand le son s’arrête enfin, c’est brutal. Comme quand le bar ferme sans prévenir. Les lumières sont trop blanches, le silence trop sec. Marko reste quelques secondes immobile, encore pris dans le rythme.
Il sort de l’Uzine comme on sort à l’aube. Barathonien jusqu’au bout, une seule question lui traverse la tête :
Where is the after ?